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Le charme suranné d’un bistrot cinématographique

A première vue, l’agencement et la décoration de La Renaissance évoquent davantage la Belle Epoque que le siècle des Lumières.
A peine entré, on se retrouve face au comptoir de marbre et de bois, et on est presque aussitôt happé par un accueil chaleureux.
Ici, l'ambiance est familiale, toute l'équipe est de la famille ou presque... avec le sourire et la bonne humeur.

Mais on ne gère pas La Renaissance, comme un vulgaire bar de quartier. On l’apprivoise. C’est que le lieu n’en est pas à son premier acquéreur. Il a de la bouteille, et ne se l’approprie pas qui veut.

Le comptoir, cerné de quelques tabourets patinés par le temps, n’est qu’une antichambre, séparée de la grande salle par des boiseries surmontées de vitraux fleuris. Les ornements de cette dernière confirment cette impression de charme suranné, désuet : colonnades baroques et plafond doré, fresques de paysages romantiques d’un autre âge… il n’est pas difficile de se figurer une machine à remonter le temps, et on se prend à imaginer le lieu « avant ».

La Renaissance a vu le jour en 1903. Et rien n’a bougé, ou presque, depuis 1920.
Presque tous les éléments, du carrelage géométrique au plafond doré, en passant par les néons émaillés de pièces de vitraux, sont d’époque. Jusqu’aux banquettes en skai, rénovées selon le style des années folles.
On les imagine occupées par des hommes vêtus de complets-vestons et de chapeaux melons, par des femmes moulées dans des robes cintrées, des gens dont les paroles se noient dans la fumée des cigarettes. On visualise une ambiance de Prohibition à la française. Dans ce cadre, le tournage d’un polar ne dépareillerait pas.

Les cinéastes ne s’y sont pas trompés. C’est ici que Claude Zidi tourna Les ripoux en 1984.
Mais il n’est pas le seul. Quentin Tarantino est venu y poser sa caméra pour les scènes de bar de son dernier film : Inglorious Basterds.
Ce qui fait véritablement l’histoire du lieu, c’est son empreinte cinématographique.
Ici, on sent l'empreinte des célébrités du cinéma Claude Chabrol et Lino Ventura déambuler dans le restaurant, pendant le tournage de leurs films.

Il est alors facile de penser que les clients viennent ici pour « voir » et « toucher » : la table où se sont installés les inspecteurs Boisrond et Lesbuche, la banquette où Mélanie Laurent se fait séduire par Daniel Brühl. Oui, La Renaissance doit voir passer des hordes de touristes avides de miettes, à la manière du pèlerinage montmartrois qui a suivi le film Amélie Poulain. Cela dit, la rue Championnet et ses alentours, le 18ème arrondissement, ne font pas précisément partie du quartier où se balade spontanément le japonais en goguette. Pour le trouver, il faut connaître, avoir débusqué l’adresse dans un guide de Paris.

On imagine même des scénaristes et autres cinéastes en herbe prenant le bistrot d’assaut, lieu de prédilection s’il en est pour imaginer de futurs chef-d’œuvres.

Et bien non. La Renaissance est une brasserie discrète. Pas grand-monde n’est au courant des aventures cinématographiques qui s’y déroulent entre la poire et le fromage. Le secret est bien gardé derrière les rideaux de dentelle, qui furent d’ailleurs posés pour Inglorious Basterds et qui, depuis, sont restés.

Peu de touristes, donc, ce que confirme le patron, narquois : « les touristes qui viennent ici, ils se sont perdus ! On a une clientèle de quartier ». Et, de fait, ce samedi midi, ceux qui déjeunent encore à 14h sont presque là par hasard. Sophie et Thomas « passaient dans le coin » après avoir visité un appartement. Ils se sont arrêtés à La Renaissance parce que, de l’extérieur, « l’endroit semblait avoir un certain cachet ». Ils ne connaissent pas la mémoire artistique du lieu mais n’en sont guère surpris quand on leur raconte.

Emmanuel, quinquagénaire discret, est venu avec Valérie et Léa, leur fille de 14 ans.
Ils sont du quartier, et viennent ici depuis 9 ans, pour le côté traditionnel. Emmanuel explique que dès qu’on prononce le nom du bistrot, il se passe quelque chose : « La Renaissance… le choix est vite fait ! Et puis ici, ça a toujours été comme ça, ça ne change pas. » La Renaissance, c’est un cadre immuable qui permet de conserver une certaine authenticité « à la française ».
Emmanuel sait qu’il y trouvera toujours une cuisine de qualité, de terroir. Et de se rappeler avec nostalgie l’époque des marchés qui se tenaient rue du Poteau, à deux pas. C’est par ce quartier que transitaient nombre de produits régionaux, tous droits venus des provinces.

De cet héritage pittoresque, les patrons ont réinventé une cuisine authentique, d’antan. Ils s’imposent par les papilles ...
Ainsi, on peut y déguster des œufs cocotte au Cantal, des entrecote à la sauce au vin poelés de pomme grenailles, et la cote de cochon sauce au miel gingembre le dispute au filet de bar sauce mascarpone et endives caramélisées. Mais on peut aussi se régaler de plats du jour plus classiques : bœuf bourguignon, coq au vin ou blanquette maison.

Aujourd’hui, même si le quartier se « boboïse », La Renaissance demeure, conservant le meilleur d’un passé révolu, mais n’est pas figée : le bistrot a évolué et évolue encore au fil des incessants changements de propriétaires. Au risque de se laisser dénaturer ?

En effet, lorsqu’on acquiert un tel endroit, il est délicat de parvenir à apposer sa griffe, son atmosphère, sans renier la richesse de sa mémoire artistique et collective.

Ils y sont toutefois parvenus. Tom explique simplement qu’il s’agit « d’entretenir le lieu sans pour autant lui faire perdre son originalité ni son cachet. On a ajouté ces petites lampes rétro que vous voyez là-bas, et ce piano, dans le coin, il date des années 60 ou 70. On l’a fait réaccorder, et récemment, on a fait venir une chanteuse lyrique. Elle s’est produite a capella, juste avec le piano. A l’inverse, on évite les groupes de rock. Ce n’est pas un lieu pour le bruit ».
Ainsi, les Patrons bichonnent leur restaurant, le rénovent, par un savant mélange de modernité et de tradition : ils remplacent les chaises abîmées en prenant soin d’en chiner de conformes aux originales. De la même façon, les tables de la grande salle sont neuves, mais comme patinées par le temps. En somme, tout est dans l’équilibre, dans la nuance, à la manière d’une bonne recette du terroir.

Année après année, La Renaissance parvient sans peine à remettre le couvert. Son nom résonne alors différemment, comme le symbole de tenanciers scrupuleux qui, par leur savoir-faire, renouvellent son atmosphère sans pour autant trahir son âme.


P. S. : la liste des longs métrages à la Renaissance

le Mouton Enragé (1974) de Michel Deville avec JL Trintignant, Romy Schneider, JP Cassel et Jane Birkin  (article dans le monde du 18/3/1974).

Les Ripoux (1984) puis le 2 (1989) de Claude Zidi avec Philippe Noiret et Thierry Lhermitte.

Le sang des autres (1984) de Claude Chabrol avec Jodie Foster, Michael Ontkean, Lambert Wilson, Sam Neil et Stéphane Audran (article de presse dans le Quotidien de Paris 12/8/1983).

La petite voleuse (1988) de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg et Didier Bezace.

The Voyager (1991) de Volker Schlöndorff avec Sam Shepard, Barbara Sukowa et Julie Delpy.

Fanfan (1993) de Alexandre Jardin avec Sophie Marceau et Vincent Pérez.

Un Monde presque paisible (2002) de Claude Miller.

Après Vous (2004) de Pierre Salvadori avec Daniel Auteuil, José Garcia et Sandrine Kiberlain.

Inglourious Basterds (2009) de Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz, Daniel Brühl et Diane Kruger (article dans le Parisien en décembre 2008).